J’ai découvert récemment la BD La Distinction, adaptation du célèbre ouvrage de Pierre Bourdieu. Et si nos goûts littéraires n’étaient pas aussi personnels qu’on le croit ? En tout cas, c’est l’une des réflexions qui m’est venue après cette lecture.
Parce que j’ai longtemps cru que mes goûts littéraires étaient le reflet de ma personnalité. J’aimais les thrillers psychologiques parce que j’étais curieuse. Les essais parce que j’aimais réfléchir. Les classiques parce que j’étais cultivée. Les romans japonais parce que j’étais contemplative. Et les livres de Freida McFadden parce qu’il faut bien laisser son cerveau en vacances de temps en temps.
Précision importante avant de commencer : je ne suis ni sociologue ni spécialiste de Bourdieu. Ce qui suit est simplement ce que j’ai cru comprendre de certains concepts présentés dans la BD et la manière dont ils m’ont fait réfléchir à ma propre bibliothèque.

Pourquoi nos goûts littéraires ne sont peut-être pas aussi personnels qu’on le croit ?
Si j’ai bien compris ce que la BD La Distinction tente de vulgariser, Bourdieu suggère que nos goûts sont largement influencés par notre environnement social. Autrement dit, en transférant ma compréhension de La Distinction à la sphère littéraire, on pourrait supposer que nous ne choisissons pas nos livres dans le vide.
Notre famille, notre école, nos études, nos amis, notre profession et notre milieu social influencent probablement davantage nos lectures que nous aimerions le croire. Cette idée est dérangeante. Parce qu’elle remet en question une croyance très confortable :
« J’aime ce que j’aime parce que je l’ai choisi. »
Et si nos choix étaient un peu moins libres que prévu ?
Pourquoi certaines personnes lisent Shakespeare et d’autres Freida McFadden ? Ce qu’en dit Pierre Bourdieu de vos goûts littéraires
L’un des concepts qui m’a le plus marquée dans la BD La Distinction est celui de capital culturel. Si j’ai bien compris, certaines familles transmettent naturellement des références artistiques, des habitudes de lecture, des connaissances historiques ou encore des codes culturels qui influencent ensuite notre rapport aux livres.
Cela ne signifie pas qu’un lecteur vaut mieux qu’un autre. Mais cela pourrait expliquer pourquoi certains lecteurs se sentent spontanément attirés par Shakespeare, tandis que d’autres dévorent des thrillers psychologiques.
Ou pourquoi certaines personnes considèrent un roman comme un simple divertissement alors que d’autres y cherchent une expérience intellectuelle. Plus j’y réfléchis, plus je me demande à quel point ma bibliothèque raconte mon parcours social. 🤔
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Suis-je vraiment une transfuge de classe ? La question que Pierre Bourdieu m’a fait me poser
C’est probablement la réflexion qui m’a le plus fait sourire. Comme beaucoup de personnes qui ont fait des études, accumulé quelques diplômes et développé un goût pour la culture, j’ai parfois eu l’impression de changer de monde. De devenir une sorte de transfuge de classe.
Puis la lecture de la BD La Distinction m’a rappelée que copier les codes d’un milieu ne signifie pas forcément qu’on en fait partie. Encore une fois, je simplifie probablement énormément sa pensée, mais la BD m’a amenée à me demander si j’avais parfois confondu ascension professionnelle, accumulation de diplômes et véritable changement de classe sociale.
Lire certains auteurs. Aller au théâtre. Parler de sociologie dans un article de blogue. Acheter des livres. Boire un café dans une librairie indépendante. Tout cela peut être sincère, mais cela peut aussi être une manière d’acquérir du capital culturel ou d’en avoir l’illusion …
Le goût de la nécessité : pourquoi nous aimons certains livres plutôt que d’autres ?
Parmi les concepts présentés dans la BD La Distinction, celui du goût de la nécessité est probablement celui qui m’a le plus parlé. Si je l’ai bien compris, nous avons tendance à développer une affection sincère pour ce qui correspond à notre réalité et à nos contraintes.
Prenons un exemple simple ! Une personne pourra affirmer qu’elle adore le camping pour son ambiance chaleureuse et conviviale. Une autre préférera le confort et l’intimité d’un appartement avec vue sur la mer. Les deux sont sincères ! Mais leurs préférences sont peut-être influencées par leur trajectoire personnelle, leurs moyens financiers ou leur environnement culturel.
Et si c’était également vrai pour les livres ? Certains lecteurs recherchent avant tout l’évasion. D’autres aiment apprendre. D’autres encore apprécient les œuvres qui leur donnent le sentiment d’appartenir à un certain univers culturel.
Et probablement que nous faisons tous un peu les trois.
Peut-on changer ses goûts littéraires au cours de sa vie selon Pierre Bourdieu ?
La BD La Distinction évoque aussi la question des transfuges de classe. Et cela m’a amenée à me poser une autre question. Peut-on réellement changer ses goûts ? Ou bien transportons-nous toujours une partie de notre histoire avec nous ? Je pense à toutes ces lectures que j’ai découvertes à l’université. À tous ces auteurs que je n’aurais probablement jamais ouverts sans certaines rencontres.
À l’inverse, je continue d’aimer des lectures que certains considèrent comme peu prestigieuses. Je lis Shakespeare. Puis Freida McFadden. Puis un essai de psychologie. Puis une bande dessinée sur Bourdieu.
Et je refuse de choisir mon camp !
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Faut-il arrêter de lire ce que l’on aime ?
Heureusement, non ! Le but n’est pas de transformer chaque lecture en analyse sociologique. Ni de culpabiliser parce qu’on aime les thrillers, les romances, les mangas ou les classiques.
Si vous êtes sociologue et que vous lisez cet article, il est d’ailleurs possible que je sois en train de massacrer quelques nuances importantes de la pensée de Bourdieu. 😂
Mais je crois que la BD La Distinction a atteint son objectif. Elle m’a fait réfléchir à mes propres goûts. Et surtout à la façon dont je juge parfois ceux des autres. Parce qu’après tout, nous sommes nombreux à croire que nos lectures racontent qui nous sommes. Alors qu’elles racontent peut-être aussi d’où nous venons.
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Comment Pierre Bourdieu m’a fait regarder ma bibliothèque autrement ?
Je ne suis toujours pas certaine d’avoir envie de lire les centaines de pages de l’essai original de Pierre Bourdieu. En revanche, la BD La Distinction m’a donné envie d’observer ma bibliothèque autrement. Et surtout de me poser une question que je ne m’étais jamais vraiment posée. Depuis cette lecture, je me demande régulièrement :
Quand j’achète un livre, est-ce que je le choisis vraiment ?
Ou est-ce que mon histoire personnelle, mon éducation, mon parcours professionnel et mon environnement culturel influencent davantage mes choix que je ne l’imagine ?
Je n’ai pas la réponse. Mais je trouve la question passionnante !
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Si ce sujet vous intrigue, je vous recommande mon avis sur la BD La Distinction, une excellente porte d’entrée pour découvrir quelques concepts de Pierre Bourdieu sans devoir affronter directement l’œuvre originale ! Je vous recommande aussi des récits de transfuges de classe avec Annie Ernaux et Edouard Louis.

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