Voici mon avis sur Nous avons tué Stella de Marlen Haushofer, un court roman autrichien que j’ai lu après avoir apprécié Le mur invisible de la même autrice. Ce livre m’a surprise par sa capacité à créer un malaise avec si peu de pages.
Au premier regard, on pourrait croire à une histoire simple. Pourtant, derrière cette narration très sobre se cache une réflexion beaucoup plus complexe sur la culpabilité, la morale et surtout cette question dérangeante : sommes-nous responsables uniquement de nos actes ou aussi de ce que nous choisissons de ne pas voir ?
Verdict ? Une lecture étrange, presque inconfortable, qui laisse plus de questions que de réponses.

Nous avons tué Stella, Marlen Haushofer – Résumé
Quand une jeune fille de vingt ans passe sous les roues d’un camion, qui oserait mettre en doute la version officielle concluant à une mort accidentelle ? Qui, sinon celle qui avait tout prévu et, impuissante ou indifférente, assista jour après jour à l’émergence du drame ? Voici donc la confession de l’épouse trompée qui a épié sur le visage de l’étudiante éblouie par l’amour, après les émois du début, les troubles de la rupture, l’affolement, et pour finir le désespoir. Marlen Haushofer dénonce ici l’hypocrisie d’un couple et son meurtre impuni.
Thématiques abordées
Ce que j’ai aimé dans Nous avons tué Stella, Marlen Haushofer
Être coupable de ne pas avoir vu
La grande question morale posée par le livre est probablement celle-ci : Sommes-nous responsables de ce que nous laissons arriver ? Il est facile de condamner ceux qui agissent mal. Mais qu’en est-il de ceux qui voient, comprennent partiellement, ressentent un malaise… et préfèrent détourner le regard ? À travers le personnage féminin d’Anna, Marlen Haushofer explore cette zone grise.
On note qu’Anna confesse ses non actes, là où les hommes coupables ne ressentent pas de culpabilité vis-à-vis de leurs actes !
Une critique des apparences bourgeoises
À travers le monologue intérieur d’Anna, l’autrice nous dresse le portrait d’une famille bourgeoise qui cherche avant tout à préserver son équilibre et son image malgré l’horreur de ce qui s’est joué sous son toit. La vérité n’est jamais réellement nommée. Elle est seulement suggérée. Parce que nommer c’est rendre réel la vérité. Et certaines vérités sont trop dangereuses pour être dites lorsqu’elles risquent de détruire les apparences. Cette famille préfère maintenir l’illusion d’une vie parfaite plutôt que d’affronter ce qui se passe réellement.
Et c’est probablement ce qui rend le roman si dérangeant : le danger ne vient pas uniquement d’une personne, mais aussi d’un système où chacun protège son confort.
Ce que j’ai moins aimé dans Nous avons tué Stella, Marlen Haushofer
Une lecture qui peut frustrer certains lecteurs
Ce roman ne conviendra probablement pas à tous les lecteurs. Si vous recherchez une intrigue avec une explication claire et des réponses précises, vous risquez d’être frustrés. Marlen Haushofer ne donne pas toutes les clés. Elle suggère. Elle laisse le lecteur interpréter. Personnellement, j’ai trouvé cette approche intéressante, mais je comprends que certains puissent rester sur leur faim.
Une histoire où le malaise remplace l’action
Il ne se passe finalement pas énormément de choses dans ce livre. L’intérêt n’est pas dans les événements, mais dans l’analyse psychologique du personnage principal. C’est un huis clos moral où il faut donc accepter un rythme lent et contemplatif.
Faut-il lire Nous avons tué Stella, Marlen Haushofer ?
Oui, si vous aimez les romans courts qui font réfléchir. Ce n’est pas une lecture divertissante ou légère. C’est un livre qui expose la tendance humaine à détourner le regard quand la vérité devient trop inconfortable.
Une citation
Le plus sévère gardien de la morale est celui qui en secret viole la loi, car il sait que l’humanité périrait si tout le monde pouvait vivre comme lui.
Ma note
Si vous avez aimé Nous avons tué Stella, Marlen Haushofer, vous aimerez peut-être aussi
Dans un autre registre, je vous recommande l’excellent livre Le mur invisible de la même autrice. Et si vous aimez les romans courts qui questionnent la morale, la culpabilité et les zones grises de l’être humain, je vous recommande également : Le Consentement, Maus et En finir avec Eddy Bellegueule.

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